Bonjour, En regardant votre journal télévisé de 20h00 de ce 14
avril 2004, j'ai pu entendre une phrase surprenante d'un de vos
journalistes au cours d'un reportage diffusé au cours de cette édition.
Il s'agissait d'un reportage concernant le plan de retrait israélien et
des propos de Georges Bush à ce sujet. Le président américain se serait
en effet opposé à ce que les frontières délimitant Israël d'un futur
Etat palestinien ne tiennent pas compte des réalités démographiques sur
le terrain. Sur ce, votre journaliste en a conclu que, par la voix de
leur président, " les Etats-Unis invitent les Palestiniens à renoncer à
ce que le droit internationnal leur accorde depuis la création de l'Etat
d'Israël".
Voilà qui constitue un "résumé" pour le moins elliptique de
l'histoire du Moyen-Orient et du conflit israélo-arabe. En effet, en
s'exprimant de la sorte, votre reporter a fait allusion au plan de partage
de la Palestine mandataire, voté par l'Assemblée Générale de
l'Organisation des Nations Unies, le 29 novembre 1947, et définissant les
frontières séparant les territoires prévus pour la création d'un Etat
arabe et d'un Etat juif. Effectivement, si l'on se place dans cette
optique, les propos de Geogres Bush vont à l'encontre de ce plan de
partage et renient ce que le droit international accorde aux Palestiniens
depuis la création de l'Etat d'Israël (14 mai 1948).
Cependant, officiellement du moins, le débat ne porte pas
actuellement sur les frontières de l'Etat juif, telle qu'elles ont été
définies par ce fameux plan de partage mais sur les frontières
internationalement reconnues de ce même Etat... depuis 1949, plus
précisément depuis la date d'armistice de la guerre d'indépendance de
l'Etat d'Israël (7 janvier 1949). Ces frontières sont différentes de
celles esquissées dans le plan de partage de 1947. Or, ces frontières,
internationalement reconnues, sont précisément ce que les dirigeants
palestiniens eux-mêmes présentent régulièrement comme les contours définis
par le droit international lui-même. Pour cela, il invoquent la fameuse
résolution 242 des Nations-Unies, votée le 22 novembre 1967, à la suite de
la guerre des six jours. Ils prétendent ainsi que les pays arabes et
certains Etats de par le monde, dont la France, que cette résolution exige
d'Israël qu'il se retire sur la frontière d'avant 1967. C'est ce qu'o n ap
pelle la ligne verte, c'est-à-dire la ligne de cessez-le-feu du 7 janvier
1949 qui faisait office de frontière internationale et était reconnue
comme telle jusq'au 5 juin 1967, date du déclenchement de la guerre des
six jours. Néanmoins, cette résolution reste litigieuse. En effet, les
Palestiniens s'appuyent pour cela sur la version française de la
résolution 242, rédigée par la France conjointement avec l'URSS et qui
s'oppose au texte original anglais sur l'ampleur du retrait, le texte
original ne prévoyant que le principe d'un échange de territoires non
définis contre une paix juste et durable, dans des frontières sûres et
reconnues.
Mais cette complexité se double d'un autre problème: seules l'Egypte
et la Jordanie ont reconnu l'Etat d'Israël, respectivement en 1979 et en
1994. Il aura donc fallu 31 ans pour qu'un Etat arabe accepte l'existence
d'Israël. Avant cela, aucune partie arabe n'a accepté elle-même le droit
international en refusant aux Juifs d'avoir un Etat, quel qu'il soit.
En 1988, l'OLP a reconnu les résolutions des Nations-Unies 181 (partage
de la Palestine), 242 et 338 (reconnaissance de l'Etat hébreu et retrait
des forces israéliennes des territoires occupés depuis 1967) et a renoncé
définitivement au terrorisme. Cette "reconnaissance" a permis d'ouvrir des
négociation avec Israël. ce qui a mené aux fameux "processus de paix" dont
on parle tant et jalonnés d'accord divers dont les accords d'Oslo, en
1993, dont la mise en oeuvre sur le terrain est restée lettre morte sur de
nombreux points.
Quant à la reconnaissance d'Israël par les Palestiniens, Aucune
carte palestinienne ne mentionne Israël. En fait, il suffit de se rendre
sur le site du fatah de Yasser Arafat http://www.fateh.net pour se rendre
compte de la valeur de cette "reconnaissance" et des conceptions de la
direction palestinienne quant à l'issue du conflit israélo-arabe.
Actuellement, les frontières entre Israël et un futur Etat
palestinien restent à définir.
Comme vous le voyez, il s'agit d'un dossier particulièrement
complexe. L'affirmation de votre journaliste est non seulement simpliste
mais également de nature à induire en erreur vos téléspectateurs qui
n'auraient pas de notions d'histoire sufffisantes.
Voilà qui illustre ce que disait Stephen Hawkin: "le plus grand
ennemi de la connaissance n'est pas l'ignorance, c'est l'illusion de la
connaissance".
E.D.
Belgique
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