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Les Palestiniens continuent de piétiner dans le terrorisme. Et ce,
malgré les apparences. On pourrait croire que le Djihad et le Hamas ont
cessé de lancer leurs attaques, or il n'en est rien. Depuis octobre, une
vingtaine d'attentats suicides auraient pu être perpétrés en Israël, ils
ont été déjoués.
Dans les médias internationaux, lorsqu'un attentat ne réussit pas, on
n'en parle pas. Pourtant les Israéliens sont loin d'être tranquilles. Le
calme apparent est superficiel : il n'est pas dû à une décision
stratégique palestinienne qui serait d'abandonner la politique du
massacre. De toute façon, même si l'Autorité palestinienne reconnaît que
cette politique est désastreuse pour son intérêt, elle n'est pas prête à
s'imposer pour changer de cap.
Au Caire, le premier ministre palestinien n'est pas parvenu à obtenir
des organisations terroristes qu'elles renoncent à commettre des
attentats contre la population israélienne. L'Autorité palestinienne a
donné au Hamas et au Djihad islamique un droit de veto sur la paix au
Proche-Orient. Ils en ont usé. Ils ont dit non.
Ils ont dit non parce que le but d'un terroriste n'est pas de faire la
paix, mais d'assassiner des civils. Demander leur avis au Hamas et au
Djihad, les consulter plutôt que les combattre, c'est pécher par naïveté
ou même par inertie : demander à un terroriste s'il faut arrêter de
commettre des attentats, c'est pour lui abandonner sa raison d'être.
Ils ont dit non, ensuite, parce qu'ils ne sont pas libres de dire oui.
Pourquoi taire ce que chacun sait ? Pourquoi feindre de croire que les
organisations terroristes tirent toute leur puissance de la colère de la
rue palestinienne, et tout leur argent de dons et de legs d'ordre
caritatif ? Ils ont dit non, parce que le Hamas est contrôlé et financé
par l'Iran, le Djihad islamique par la Syrie. L'Iran et la Syrie veulent
continuer d'utiliser le terrorisme pour atteindre des buts politiques.
Une des raisons, si ce n'est la raison essentielle, qui nous empêche de
parvenir à la paix.
J'entends l'objection : la seule façon de contrôler les terroristes
serait de les convaincre par la négociation de cesser leurs crimes. On
aimerait bien. Mais à cette objection, je réponds que, même si le
premier ministre palestinien était parvenu à un accord avec les
terroristes, ils ne l'auraient pas respecté. A preuve, pendant la
fameuse hudna (la trêve qu'ils avaient acceptée au début de l'été)
Israël a subi de nombreux attentats, et en a déjoué plus de soixante !
La vérité est que, pour faire la paix, il faut être deux, et
qu'aujourd'hui Israël est seul à la vouloir mais n'a pas d'interlocuteur.
Car enfin, de deux choses l'une : ou bien l'Autorité palestinienne peut
empêcher les attentats, et alors, pourquoi ne le fait-elle pas ? Ou bien
elle ne le peut pas, et alors comment Israël pourrait s'en remettre à
elle pour faire la paix ? La sécurité des citoyens israéliens est et
restera la condition sine qua non ; seule la paix enfin restaurée
donnera à la région l'état ultime de sécurité dont elle a besoin.
Impuissante ou complice ? Peu importe, le constat reste le même :
l'Autorité palestinienne s'est montrée incapable d'imposer quelque loi
que ce soit aux terroristes. Elle aurait pu le faire. Elle a sous ses
ordres 43 000 hommes en armes. Où sont-ils ? Que font-ils ? A quoi
servent-ils ? On ne peut pas attribuer constamment à Israël la
responsabilité de cette tyrannie anarchique qui régit les territoires
palestiniens : si l'Autorité palestinienne est indigne de son nom, c'est
d'abord à elle d'en tirer les conclusions.
L'intérêt de mon pays n'est pas, comme certains le croient, d'avoir
affaire à une société palestinienne morcelée, divisée, sans structure,
sans autorité, sans police. Bien au contraire. Nous aurions ardemment
préféré avoir en face de nous une Autorité véritablement constituée,
avec un gouvernement digne de ce nom, capable de combattre les groupes
d'assassins, et désireux de travailler avec nous pour assurer notre paix
à tous.
Au début de son histoire, Israël a eu à relever un défi du même ordre :
il a dû démanteler les groupes armés juifs incontrôlés. Mais la
différence était que nous avions, à notre tête, non pas un chef de
guerre corrompu, mais un homme d'Etat, David Ben Gourion, déterminé à
exiger et à obtenir que quiconque portait une arme devait rejoindre
l'armée régulière. Ben Gourion était convaincu qu'il s'agissait là d'une
question de survie pour un Etat naissant de ne laisser aucune place à
des milices armées. Sa profonde détermination l'amena même au point de
donner l'ordre de faire couler un navire (l'Altaléna) qui s'apprêtait à
livrer des armes à ces milices. C'est dire.
Le jour où l'Autorité palestinienne cessera d'organiser ou de tolérer la
livraison illégale d'armes, nous pourrons lui faire confiance. Mais ce
jour semble loin. Dans la réalité actuelle, nous nous trouvons face à
une inaction totale palestinienne qui bloque le chemin vers la paix.
Comme dans n'importe quelle démocratie qui se respecte, jamais nous ne
transigerons sur la sécurité de nos citoyens : pour notre sécurité mais
aussi pour leur tranquillité, leur dignité et pour la prospérité de part
et d'autre. Nous voulons que les Palestiniens deviennent un peuple
souverain, c'est-à-dire responsable des actes de ses dirigeants.
Si l'autorité palestinienne continuait de n'accepter ni l'indépendance
de son peuple, ni l'existence du nôtre, Israël serait amené à agir
unilatéralement et se défendrait avec la conscience de lutter pour sa
survie. Pour les Israéliens, autant que pour les Palestiniens, ce serait
une libération. La véritable paix sera le résultat d'un accord.
La feuille de route, approuvée par les gouvernements palestinien et
israélien et par la communauté internationale, demeure pour nous le seul
document capable d'ouvrir la voie à une négociation sérieuse. Or, elle
prévoyait, comme première étape, le désarmement des milices
palestiniennes et le gel des implantations, ce qui serait un signe de
bonne volonté de la part des deux gouvernements.
En attendant, à moins qu'enfin l'Autorité palestinienne ne consente à
respecter la feuille de route et à désarmer les terroristes, Israël est
seul responsable des moyens de protéger ces citoyens. En sachant, au
demeurant, qu'une paix stable et durable est le meilleur bouclier de
défense qui soit.
Nissim Zvili, Ambassadeur d'Israël en France.
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