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La visite en France du président de l'État d'Israël, Moshe Katzav, est
l'occasion de faire le point sur les relations franco-israéliennes et
d'expliquer à nos amis français la décision des Israéliens de se séparer
physiquement des Palestiniens. Contrairement à une idée répandue et
incorrecte, la France fut l'un des pays les plus favorables à la
renaissance de l'État d'Israël et les plus activement engagés dans sa
défense. Les accords Sykes-Picot de 1916, dans lesquels la France et la
Grande-Bretagne se partagèrent le Proche-Orient, ne mirent pas fin à la
rivalité entre les deux puissances. Lorsque la Grande-Bretagne commença
à trahir ses engagements envers le mouvement sioniste après l'octroi du
mandat sur la Palestine par la Société des nations en 1922, les Juifs
palestiniens (c'est ainsi qu'ils s'appelaient à l'époque) trouvèrent en
la France un allié tacite.
En 1955, alors que l'Union soviétique commença à armer l'Égypte par le
biais de la Tchécoslovaquie, les Etats-Unis refusèrent de vendre des
armes à Israël mais continuèrent à armer les pays arabes et à faire
pression sur Israël pour l'octroi de concessions territoriales à
l'Égypte et la Jordanie. Seule la France accepta de vendre des armes à
Israël, et la coopération militaire entre les deux pays s'étendit au
domaine nucléaire. Les bombes atomiques française et israélienne sont le
fruit de cette coopération. Avec la fin de la guerre d'Algérie en 1962,
la France voulut restaurer ses relations avec le monde arabe, et Israël
pâtit de cette nouvelle politique. Israël se tourna alors vers les
États-Unis, déçus des résultats de leur «politique arabe» dès 1958. La
nouvelle relation américano-israélienne ne fit qu'élargir le fossé entre
la France et Israël : la politique étrangère gaullienne, en se
démarquant des Etats-Unis, se démarqua également de leur nouvel allié
proche-oriental. Le divorce franco-israélien commença bien avant la
guerre des Six Jours, mais il est clair que les résultats territoriaux
de cette guerre fournirent à de Gaulle le prétexte idéal pour mener sa
politique arabe jusqu'au bout.
Après la guerre de Kippour, l'arme pétrolière arabe trouva dans
l'antiaméricanisme gaullien un allié dont les relations
franco-israéliennes pâtissent jusqu'à aujourd'hui. La France se fit
l'avocat international de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP)
pour se démarquer des Etats-Unis et pour marquer des points dans le
monde arabe. Créée par Nasser en 1964 (trois ans avant la guerre des Six
Jours) afin de liquider Israël et de placer la Palestine sous la
houlette de l'Égypte, l'OLP centralisa l'effort pan-arabe de destruction
d'Israël par la guerre totale. D'où la «stratégie des étapes» qu'Arafat
adopta sur le conseil de son ami Ceausescu : «Vous devriez faire
semblant d'abandonner le terrorisme», conseilla le dictateur roumain à
son camarade. «L'Occident finira peut-être par vous croire.» Lorsque le
roi Hussein déclara son désengagement de la Cisjordanie en 1988, Arafat
déclara à Genève en décembre de la même année, sous la pression de
Reagan et de Gorbatchev, qu'il renonçait au terrorisme et qu'il
acceptait la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU.
L'effondrement de l'Union soviétique et donc du soutien diplomatique et
militaire de Moscou, l'immigration massive des Juifs soviétiques vers
Israël, la victoire américaine contre l'Irak et la répudiation
diplomatique de l'OLP par Washington, la cessation du soutien financier
de l'Arabie saoudite et des pays du Golfe, l'établissement de relations
diplomatiques entre Israël et trois alliés stratégiques de l'OLP (la
Russie, la Chine et l'Inde), l'exclusion de l'OLP de la Conférence de
Madrid - cette série d'événements ne devait-elle pas suffire pour
convaincre Arafat qu'un accord avec Israël était sa dernière chance ?
Arafat ne saisit pas la perche d'Oslo pour faire la paix mais pour
reprendre la guerre : le jour même de la signature des Accords d'Oslo,
le 13 septembre 1993, il déclara dans une interview à la télévision
jordanienne que le but de ces accords était de mettre en oeuvre le Plan
des étapes adopté par l'OLP en 1974. Fayçal Husseini, un proche d'Arafat
qualifié de «modéré» par les médias occidentaux, confirma cette
stratégie. Dans une interview avec le journal égyptien Al-Arabi en date
du 24 juin 2001, Husseini admit que les Accords d'Oslo n'étaient qu'un
«cheval de Troie» destiné à faciliter la réalisation du but final de
l'OLP «qui continue d'être la libération de toute la Palestine du
Jourdain à la Méditerranée». En juillet 2000 à Camp David et en janvier
2001 à Taba, Arafat avait précédemment rejeté l'offre de créer un État
palestinien sur 100 0e la bande de Gaza, 97 0e la Cisjordanie et avec
Jérusalem pour capitale, parce que Israël exigeait en retour la fin du
conflit et refusait le suicide démographique euphémiquement exprimé par
l'expression «droit au retour.»
Arafat a alors répondu par une guerre qui a fait plus de neuf cents
victimes israéliennes en trois ans (l'équivalent, proportionnellement,
de neuf mille victimes françaises). Les Israéliens sont donc revenus de
deux illusions au cours de ces dix dernières années : celle des
frontières bibliques et celle de la paix avec les Palestiniens une paix
véritable, pas une «paix de Hudaibiya». La clôture de sécurité constitue
l'enterrement concret et physique de ces deux illusions qui menacent
l'existence même de l'État juif. Puissent nos amis français comprendre
par le bon sens ce que nous avons compris par la douleur.
* Professeur de relations internationales à l'université de Tel-Aviv (Israël)
et directeur d'un cabinet de conseil.
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